L’utilisation de la méthode Herrmann pour mieux communiquer, développer sa créativité et le travail en équipe.

Par L. Timbal Duclaux

I. – INTRODUCTION

Le cerveau humain, avec ses 30 milliards de neurones, est le plus grand ordinateur jamais construit. Avec la technologie actuelle, un ordinateur posséderait autant de connexions couvrirait la France, la Belgique et la Suisse réunies, et aurait une hauteur de 10 étages!
Pourtant notre cerveau ne pèse que 1400 g, et c’est de plus un ordinateur portable! Einstein avait coutume de dire: « nous n’utilisons notre cerveau qu’à 10% environ de ses possibilités ». Augmenter ses possibilités cérébrales: être plus intelligent, plus créatif, retenir mieux, travailler mieux et plus vite: c’est un vieux rêve de l’humanité… Or ce rêve devient de plus en plus possible à mesure que nous comprenons mieux notre fonctionnement cérébral. Dans les 20 dernières années, en effet, la connaissance du cerveau a fait plus de progrès que dans les 20 siècles précédents. Cela, notamment, grâce aux nouvelles machines qui permettent désormais de « voir » fonctionner le cerveau: électroencéphalogramme, scanner à émissions de positrons, résonance magnétique nucléaire…
C’est en s’appuyant sur ces découvertes, qu’un Américain M. Ned Herrmann a mis au point un test de personnalité qui permet à chacun de prendre conscience de ses « préférences cérébrales », et de les utiliser dans la vie personnelle et professionnelle. Ces recherches furent financées lorsqu’il était directeur de la formation à la Général Electric.

 

II. – UNE PERSONNALITÉ PEU COMMUNE

Son intérêt pour fonctionnement cérébral résulte d’abord de sa double personnalité. A l’Université Cornell où il fit ses études, Herrmann récolta en effet à la fois le prix de physique et celui de musique. Plus tard, tout en travaillant à la Général Electric, il reçut des récompenses dans la domaine de la peinture et de la sculpture.
Mais cet intérêt résulte aussi de son métier de formateur: « Comment des cadres, qui ont suivi la même formation avec le même programme, et le même animateur, peuvent-ils porter sur elle des jugements aussi opposés, et en retenir des éléments aussi différents pour leur carrière et leur travail? »

 

III. – CERVEAU DROIT/ CERVEAU GAUCHE

C’était vers 1975, à l’époque où l’on commençait à parler des travaux du professeur Sperry et son équipe, sur la mise en évidence du double fonctionnement cérébral. Une fois de plus le pathologique allait éclairer le normal. C’est en observant des patients dont on avait séparé les deux hémisphères du cerveau, en tranchant chirurgicalement le corps calleux qui les relie, pour les guérir de l’épilepsie, que Sperry fit de bien intéressantes découvertes. Chez les droitiers, la moitié gauche du cerveau, qui commande la main droite, parait avoir un mode de fonctionnement logique, analytique, séquentiel et rationnel.
A l’inverse, le cerveau droit tend à percevoir le monde et les autres, sur un mode global, instantané, intuitif, visuel, synthétique, expressif, et émotif. Il trouve les solutions par intuitions brusques et globales, laissant au cerveau gauche le soin de les prouver de manière logique, analytique et scientifique.
Le cerveau gauche décompose toute chose en différents éléments; à l’inverse le cerveau droit les considère sur un mode global et recherche systématiquement les liaisons, les analogies, les ressemblances. Ceci a été définitivement mis en évidence par de nombreux tests de laboratoire, faits aussi bien sur des sujets sains que chez des malades porteurs de lésions à l’un ou l’autre cerveau. Par exemple, un malade du cerveau droit ne reconnaît plus les personnes, ni les rues de sa ville. Celui qui est atteint au cerveau gauche ne s’exprime plus qu’avec difficulté et est obligé de s’appuyer sur l’intonation ou la musique de la phrase pour retrouver ses mots.
Le mérite de Herrmann fut de pousser l’analyse plus loin, en distinguant dans ces deux cerveaux la partie corticale supérieure, de la partie limbique inférieure. Le système limbique, bien connu des neurologues, occupe le centre du cerveau. Il est principalement le siège des émotions, de l’humeur et de la mémoire. C’est le siège de notre vie affective et relationnelle; et il filtre les informations en direction des étages supérieurs du cortex.
En synthétisant toutes ces recherches Herrmann arriva au tableau no.1.

 

IV. – LE PROFIL CÉRÉBRAL PERSONNALISE

C’est ainsi que Herrmann mit au point un questionnaire de personnalité en 120 questions, possible avec un papier et un crayon en 20 minutes, et qui fut validé par électroencéphalogramme à l’Université du Texas en 1976. Il permet désormais de donner pour chaque individu, une représentation graphique synthétique de ses préférences cérébrales. C’est-à-dire de ses manières habituelles d’acquérir l’information, de percevoir le monde et les gens ou d’accomplir une tache donnée.
Ce questionnaire (protégé par un brevet), peut-être dépouillé facilement en 15 minutes sur un micro-ordinateur. Il est désormais disponible en France. Aux États-Unis, Herrmann a fondé la Whole Brain Corporation, à Lake Lure, un petit village de Caroline du Nord. Il y donne des séminaires, qui ne désemplissent pas, sur « la pensée créative appliquée ». Y participent des cadres des plus grandes compagnies américaines: IBM, 3M, Rank-Xerox, etc., ou des moins grandes…

 

V. – UNE PRISE DE CONSCIENCE DES DIFFERENCES

Pourquoi ce succès? Parce que ce nouvel outil permet aux participants de prendre conscience de leurs préférences cérébrales, de leur style de perception et de pensée. Ce test d’Herrmann permet de dégager 81 familles d’esprit, dont une douzaine se rencontre couramment.
Par exemple, une personne à dominante gauche se sentira beaucoup plus à l’aise dans un travail technique qui requiert des qualités d’organisation, de programmation, d’administration. Ce type de personnalité raisonne logiquement à partir de faits vérifiés et selon une démarche méthodique; elle n’aime pas la fantaisie, la nouveauté, la remise en cause des schémas classiques…
A l’opposé, un « cerveau droit » aimera la nouveauté, les rapports humains chaleureux, il communiquera mieux par des symboles que par des raisonnements, par des dessins que par des mots…De toute évidence, ce sont des aspects opposés, mais complémentaires, de la perception et de la communication.

 

VI. – DEUX MANIERES OPPOSEES DE RESOUDRE LES PROBLEMES

Bien plus, chacun a sa manière particulière d’aborder et de résoudre les problèmes quotidiens. Un « cerveau droit » avance de manière irrégulière avec des périodes d’incubation et d’illumination; il revient en arrière et prend du recul pour voir le tableau dans son ensemble et les relations existantes entre les différents éléments. Il raisonne et comprend par analogie, et cela en mettant en rapport des choses ou des problèmes dans des domaines qui peuvent être fort éloignes, ce qui semblera totalement « illogique » à un « cerveau gauche ».
Ce dernier, en effet, préfère une démarche méthodique, étape par étape, en commençant par une observation détaillée des faits, direction d’une solution, démarche qui paraîtra à l’inverse stérile et ennuyeuse pour un « cerveau droit », lequel aura du mal à s’y plier. (En lisant ces lignes, vous-même, vous pouvez vous demander à quelle famille d’esprit vous appartenez…).
C’est ce que découvrent les stagiaires, progressivement, au cours de divers exercices qui leur sont proposés. Ils prennent conscience, de manière vécue, que leur façon de faire fonctionner leur cerveau n’est pas la seule possible, et que, pour une tache donnée, il y a des approches plus appropriées que d’autres. « Chaque personne est unique, insiste Herrmann, mais les gens sympathisent spontanément, en fonction de leur mode de fonctionnement cérébral. Un « cerveau droit » isolé dans un groupe de « cerveaux gauches » se sentira mal à l’aise. Et réciproquement…Pourtant chacun aurait besoin de l’approche de l’autre pour mieux traiter les problèmes… »

 

VII. – DES GROUPES D’EFFICACITE

C’est là qu’intervient la grande nouveauté introduite par Herrmann dans les techniques de formation. Comme chacun a rempli un questionnaire avant de participer au stage, il connaît par avance les profils cérébraux de tous les participants, et les a rangés en demi-cercle autour de la table, du plus « droit » au plus « gauche ». Ce qui permet aux stagiaires de « vivre en direct » pendant les quatre jours du stage, leurs différences cérébrales. Par exemple, comme par « hasard », les questions critiques sur des détails viennent toujours de la gauche, tandis que les questions globales et portant sur l’avenir viennent « comme par enchantement » de la droite de la table! Le comportement du groupe devient ainsi largement prévisible! Quand l’animateur va poser un problème de chiffres, les « gauches » vont être à l’aise; mais quand la consigne sera « dessinez une métaphore » ce sera à leur tour d’éprouver des difficultés… juste retour des choses!

 

VIII. – UN MODELE EN QUATRE TEMPS

Pour la résolution de problèmes en groupe, Herrmann a repris le schéma de George Wallace en quatre temps: 1. Préparation, 2. Incubation, 3. Illumination, 4. Vérification.
Il montre que les « cerveaux droits » sont meilleurs pour les phases 2 et 3, et les « cerveaux gauches » pour les phases 1 et 4. D’où l’idée d’une nécessaire complémentarité, et la valeur du travail en équipe…Mais à condition, bien sur, que les gens soient prêts à accepter et à vivre leur différence de manière positive…
C’est pour cela qu’Herrmann a mis au point des « groupes d’efficacité » comportant un soigneux dosage de « cerveaux droits » et « gauches ». Un peu plus de « gauches » s’il s’agit d’appliquer et de réaliser. Un peu plus de « droit » s’il s’agit d’innover par rapport aux schémas classiques. Ils fait ainsi la preuve que de tels groupes sont bien plus efficaces que des groupes classiques réunis sur des critères de pure compétence technique ou de pure hiérarchie, groupes ou les personnalités risquent de s’affronter plus que de se compléter…
Chacun ne perçoit pas en effet l’information de la même façon. Les « cerveaux gauches » retiennent surtout les fait et les chiffres: c’est le cas des techniciens, des ingénieurs de production, des comptables et des financiers. A l’inverse, des artistes, des formateurs, des enseignants, des travailleurs sociaux, écoutent et retiendront mieux des images, des anecdotes, ou des exemples concrets et vécus…

 

IX. – RECRUTEMENT ET ORIENTATION PROFESSIONNELLE

L’opposition entre scientifiques et artistes, ingénieurs et vendeurs, est aussi vieille que le monde. Mais grâce à des études statistiques sur des milliers de profils, Herrmann a pu déterminer des « profils types » de chaque profession et fonction. Dans une étude célèbre sur le personnel d’un hôpital, il a mis en évidence les différences de profil selon les fonction. Voici ces dominances: médecins spécialisés: cérébral gauche, administratifs: limbique gauche; infirmières: limbique droit; psychiatres: cérébral droit. Pas étonnant que les rapports entre ces différents groupes de personnel soient quelque peu tendus!
Il a aussi montré, sur de nombreux cas, que les cadres dirigeants étaient en grande majorité multidominants: avec trois ou quatre dominances, contre une ou deux seulement pour les cadres au travail plus spécialisé. Comme quoi le travail contribue à modeler les préférences cérébrales…

 

X. – AMELIORER LA COMMUNICATION

Bien que le « fond » de son exposé reste le même, quand il parle de sa méthode, Herrmann ne manque pas à adapter sa présentation, et son type d’argument, à son public du jour.
Face à un public d’ingénieurs ou de techniciens, il ne manque pas de citer beaucoup de chiffres et d’expériences scientifiques. Il insiste sur le coté logique et méthodique de son approche, montre les applications pratiques qui peuvent en résulter…
A l’inverse, face à un public d’artistes, d’enseignants ou de travailleurs sociaux, il met l’accent sur le coté novateur de sa méthode, sur ses capacités d’améliorer la pédagogie et la communication interpersonnelle…
Au fait, quel est l’argument qui vous séduit le plus? Votre réponse ne sera-t-elle pas, déjà, un indice de votre style d’esprit?…

par L. TIMBAL DUCLAUX

 

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